[Interview] Lefebvre P.Olivier DG du réséau Ville Amie des Aînés

 

M. Pierre Olivier Lefebvre est Délégué général du Réseau francophone Villes Amies des Aines. Après avoir vu sa participation à une table ronde à Sciences Po Lyon sur l’isolement des personnes âgées, son franc-parler et son dynamisme m’ont convaincu. J’ai eu le plaisir de l’interviewer mercredi 13 février et de faire le point sur la situation, les actions et les réalisations en cours.

M. Pierre-Olivier Lefebvre, pouvez-vous nous présenter le Réseau francophone des Villes Amies Des Aînés (VADA) et quelles sont les actualités ?

Le réseau a été créé en 2012. Les adhérents sont des collectivités de toutes tailles et nous comptons près de 130 membres. Les territoires changent de physionomie, nous devons encourager un vieillissement actif et adapter nos villes, c’est le défi du 21 siècle.

La démarche VADA travaille sur la lutte contre l’âgisme, le sentiment  d’appartenance au territoire et les dynamiques participatives et partenariales.

En termes d’actualité, nous organisons un colloque le 22 mars à Dijon qui s’intitule « Défis démographiques et écologie : comment les concilier ? »  L’objectif est de réfléchir sur les changements de société et de croiser les regards et de faire s’interroger les points de vue et réflexions dans une démarche positive sur ces enjeux.

Selon vous, quelles sont les compétences indispensables à la réussite des initiatives locales ?

Le vieillissement est considéré comme un problème et on agit pour le réparer ou le compenser. La prévention est souvent trop culpabilisante. Nous travaillons sur une vision du vivre ensemble. C’est pourquoi je dirais que la qualité numéro un, c’est de voir les gens pour ce qu’ils sont avec leurs qualités. Il faut changer le regard et  travailler dans l’anticipation.

Autres compétences, ce sont des compétences techniques pour faire travailler les acteurs ensemble. De mon point de vue, une grosse partie du projet Ville Amie des Aînés, consiste a faire prendre conscience que cette question de l’avancée en âge (qui touche un cinquième, un tiers voir un quart de la population) est de la coresponsabilité globale. Cela ne touche pas seulement les acteurs du sanitaire et du médico-social qui sont déjà investis dans la perte d’autonomie. Chacun doit comprendre qu’il est responsable au territoire, mais qu’il n’agit pas seul. Souvent les acteurs du social attendent cette démarche. Grâce à cela, ils deviennent les experts de la population âgés, au service des experts du territoire.

On travaille sur les complémentarités des métiers sur des questions comme l’habitat, la mobilité, la culture.. De cette manière, on « réinjecte » dans l’usage naturel de la ville cette part d’aînés comme coauteur et habitant à part entière. Nous sommes très sensibles à cette idée que nous devons faire « pour tous » dans le sens de «  pour chacun » et pas seulement pour la moyenne. Nous souhaitons une solidarité réelle.

Par où commencer pour mettre en place cette démarche de Ville Amie des Aînés (VADA) ?

La première étape, c’est d’adhérer au réseau. Cela permet ; de travailler avec d’autres personnes ayant anticipé cette vision globale des choses ; de s’outiller et arrêter le morcellement des réponses. Donnons de la visibilité et lisibilité à ce qui existe sur le territoire. Souvent, les gens sont perdus dans les dispositifs et ça les rend consommateurs et non-acteurs de leur territoire.

Ensuite il y a tout un travail sur les dynamiques partenariales et participatives pour mettre en place une cohérence de territoire. Les acteurs réapprennent à se connaître, à travailler ensemble et à se dire ce que les uns et les autres font. Le rôle de la collectivité / municipalité c’est de s’assurer de l’existence des réponses sur le territoire dans la complémentarité des acteurs. La collectivité devient un chef d’orchestre.

Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur la dynamique participative ?

Concernant la dynamique participative, la parole est aux habitants de tous  âges. D’un côté on fait un diagnostic de territoire pour regarder les habitants et leurs usages de la ville puis on organise un débat participatif. On écoute, sans donner de réponse afin de prendre le temps de comprendre les demandes.  À savoir qu’un tiers des demandes des aînés sont des choses qui existent. Alors, il ne s’agit pas de répondre « ça existe ». L’enjeux est de comprendre pourquoi sont-elles formulées. Est-ce que le service est au bon endroit ? À la bonne heure ? Est-ce que la communication est dédiée aux bonnes personnes ?

Par exemple, des personnes qui vous disent « non il n’y a pas de transport en commun », alors qu’il y en a. Cela questionne : y-a-t’il des quartiers mal desservis ? Savent-ils se servir de la billettique informatisée ? Est-ce que ça prend trop de temps ? Le déplacement est trop brutal et qu’ils ont peur de tomber ? C’est ça le vrai débat participatif, ça demande du temps et de la technicité d’écoute.

En général, entre le temps d’identification, la démarche participative et la mise en œuvre d’un plan d’action, cela prend 3 à 5 ans suivant les territoires. Le plan d’action se fait avec les aînés et non dans un bureau.

Ci-joint un extrait des thèmes de discussion sur la ville amie des aînés, Guide Mondial Ville Amie des Aînés p6.

Quels constats faites-vous sur les actions et la prévention en direction des aînés ?

Sur certains territoires, la collectivité s’est saisie naturellement du rôle de chef d’orchestre. D’autres sont encore dans des réponses du XXe siècle élaborées par rapport  aux incapacités. Je ne peux pas faire mon ménage, je mets en place un service d’aide à domicile, je ne peux pas faire à manger, je mets en place un service de repas à domicile et ainsi de suite… Dans la réflexion VADA nous sommes  aussi sur les capacités en complément  de ces réponses bien sûr nécessaire.

Concernant la prévention, il me semble qu’il faut donner envie aux personnes d’être acteurs et de travailler sur le sens que les choses ont. Par exemple, est-ce que vous allez vous promener tout seul en vous disant « il faut marcher ». Moi, je marche parce que j’ai un chien. Au final, je ne sais pas qui promène l’autre. Mais, ça ne me viendrait pas à l’idée d’aller me promener 10 minutes le long de la rue, juste pour marcher. La prévention ne doit pas renvoyer à la responsabilité personnelle que si je ne fais pas bien et  qu’il m’arrive quelque chose, c’est de ma faute.

Pour partager ces constats, vous avez  développés des partenariats basées sur la recherche-action, quels sont-ils  ?

Absolument, une de mes collègues Angélique GIACOMINI, termine son doctorat sur les apports de VADA et fait le lien entre la réflexion et l’action dans le cadre d’une démarche d’observation participante. Nous éditons  par ailleurs des ouvrages dans le cadre d’une collection « Les essentiels amies des aînés » avec  des contributions de chercheurs et d’universitaires qui éclairent l’ensemble des sujets. L’intérêt est de donner du sens et de partager des connaissances communes. Il permet d’affirmer nos compréhensions communes et complémentaires entre acteurs des choses et de prendre de la distance pour mieux agir ensemble en étant chacun dans un rôle. Sur les territoires, nous conseillons qu’ils se rapprochent des universités autant que possible.

Question plus générale, selon vous quels sont les marqueurs d’une société plus inclusive pour les personnes vulnérables ?

Avant toute chose, arrêtons de penser âge chronologique, mais le rôle social de chacun. Qu’est-ce que ça veut dire avoir 60 ou 80 ans ? Cela dépend des gens. J’aime bien la remarque de Michèle DELAUNAY qui dit « qui est en train de penser qu’on doit inclure les vieux alors qu’on était là avant les autres ? ». Une société inclusive, c’est comment on ne cesse pas d’être les uns avec les autres. Et comment prend-on le temps de redéfinir époque après époque le rôle social et physique de chaque âge. Et c’est pour ça que VADA y  participe.

Un dernier message à faire passer ?

Quelle que soit la taille du territoire, c’est possible, la démarche est développée et les outils le permettent. Ce n’est pas du travail en plus, mais différemment. Le plus long, c’est de faire passer l’état d’esprit, mais une fois que c’est acquis, cela devient un automatisme.

Du coup à chaque fois qu’on met en place quelque chose sur le territoire, quel que soit le sujet, on s’interroge « est-ce que ça va être pour un bon usage des aînés ? ». Puis on teste avec les aînés. On leur demande « et si on fait comme ça, ça vous irait ou pas ? » « Est-ce que ça irait à tous, vous qui les connaissez mieux que nous ? ». Alors, on corrige, ce n’est pas simplement d’identifier ce qu’il faut mettre comme mobilier urbain, mais de faire attention à celui qu’on met et de vérifier que c’est le bon usage. Le but, ce n’est pas de se justifier pour se dire qu’on a fait les choses, mais de s’assurer que l’usage est effectif et qu’il va générer du plaisir à vivre ensemble.  

Propos recueillis par Claire Guichou

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