[Interview] Barret Maëva Fondatrice d’Agestime

Sur recommandation, j’ai rencontré Mme Maëva Baret, fondatrice de la structure de Service À la Personne (SAP) AGESTIME (prononciation à la française, s’il vous plaît). C’est avec énergie et conviction qu’elle nous fait découvrir son activité « innovante ».

Mme Maëva Baret, pouvez-vous présenter Agestime ? 

AGESTIME est une entreprise de SAP spécialisée dans le bien-être psychologique des personnes âgées. L’objectif principal est le maintien à domicile des personnes. Premièrement, nous intervenons sur la stimulation cognitive (jeux de société, lecture, sorties culturelles…) pour faire travailler la mémoire ou l’attention en se faisant plaisir, de façon conviviale et sans avoir l’impression de travailler. Deuxièmement, nous travaillons la stimulation motrice (aide des personnes à reprendre une activité comme la promenade, accompagnement aux courses, aux rendez-vous…). Troisièmement, nous avons de plus en plus de demandes sur la stimulation de l’appétit. Nous proposons de faire les courses, de préparer les repas avec les personnes voir de déjeuner avec elles en faisant découvrir des saveurs et recettes nouvelles. À la différence des auxiliaires de vie, nous ne faisons pas pour, mais avec la personne la préparation des repas. Notre dernier domaine d’intervention, c’est le maintien du lien social dans la relation entre l’intervenant et le bénéficiaire et entre le bénéficiaire et son entourage. Nous privilégions les temps d’échange, de partage, de soutien et d’écoute lors des interventions en les aidants par exemple à se servir du téléphone, envoyer des mails, initier à Skype, etc.
Nous sommes dans un processus itératif, c’est-à-dire qu’à chaque intervention nous nous interrogeons sur ce qui a marché ou pas, ce que nous devons mettre en place le mois prochain. Cela permet que nos interventions soient encore plus bénéfiques et thérapeutiques.

On imagine que vous ne limitez pas vos interventions à Lyon, auprès d’un public ayant les moyens, âgé et autonome ?

Oui, le service n’est pas réservé aux personnes âgées autonomes ayant les moyens ! Je suis une passionnée avec des valeurs fortes. Aussi, il y a un côté militant dans l’entreprise que je transmets aux salariés.

Concernant le périmètre d’intervention, nous ne disons jamais non aux demandes ! Mais, comme nous travaillons beaucoup avec des étudiants, nous nous limitons au réseau TCL.

D’autre part, nous avons l’agrément de SAP (délivré par la DIREECTE), les bénéficiaires peuvent demander l’Allocation Perte d’Autonomie pour financer une partie des heures. Il y a également le crédit d’impôt de 50%. De notre côté, nous intervenons 2h minimum par semaines. Au final, ce ne sont pas des gros budgets.

Enfin, nous intervenons auprès de personnes âgées, quelle que soit leur autonomie et pathologie et aussi auprès de personnes jeunes pouvant souffrir de maladies neurodégénératives au domicile ou en établissement. Nous réalisons nos plus belles interventions auprès de celles ayant de gros troubles du comportement ou qui ne communiquaient plus du tout verbalement. Nous revalorisons, nous montrons à leur entourage qu’elles sont toujours là. Parfois, on entend « de toute façon (la personne) elle est plus là, elle ne répond plus, elle ne communique plus ». C’est comme si les personnes étaient des coquilles vides . C’est faux ! La personne est toujours là mais, il faut prendre le temps, comprendre son fonctionnement, les situations qui peuvent la stresser/la gêner, lui proposer des choses adaptées puis on trouve au fur et à mesure des activités qui peuvent la stimuler.

Vous êtes à la croisée de plusieurs professions : les auxiliaires de vie, les psychologues, les kinésithérapeutes ?

Oui, nous sommes complémentaires en étant très clairs avec les bénéficiaires sur le fait que nous ne sommes pas psychologues, kinésithérapeutes ou encore aide-soignant. Nous n’allons pas les remplacer ! Ce qui est intéressant, c’est de travailler avec les psychomotriciens, les ergothérapeutes et de prendre le temps de mettre en place, d’appliquer les recommandations formulées pour le domicile de la personne. Par exemple, nous travaillons beaucoup sur les repères spatio-temporels en adaptant/indivualisant les solutions comme la mise en place de planning, les repères dans le quartier.

D’autre part, nous installons une relation privilégiée avec les aidants. Que ce soit l’époux.se ou les enfants, nous leur accordons du temps, les écoutons et sommes un réel soutien. Pour reprendre sur le suivi mensuel, c’est un outil qui participe à construire une relation de confiance et d’être transparent. Nous transmettons notre avis de professionnel via ce document à la famille en réalisant le résumé des activités réalisées, points positifs sur le plan cognitif, moteur, de l’appétit mais également social ou moral. Cela permet de suivre l’état de la personne, est-ce qu’il y a dégradation, des points de vigilance.

Qui est à l’origine de la demande de vos interventions et comment êtes-vous accueillis ?

La plupart du temps ce sont les aidants ou les professionnels de santé qui viennent nous solliciter. Il arrive également que des personnes du quartier passent la porte et nous expliquent avoir peur de sortir seules. Nous écoutons les demandes et répondons positivement, dans un second temps, si besoin, nous orientons les personnes vers d’autres structures.

Je rencontre les personnes à leur domicile avec leur famille pour faire une évaluation des besoins. Cela permet également d’expliquer les interventions et de rassurer les personnes en évoquant le plaisir et la convivialité de passer du temps ensemble.

Parfois les personnes nous disent qu’elles n’ont pas besoin d’aide mais expriment que lors des sorties elles ont peur de tomber ou de se perdre. À ce moment-là, nous pouvons expliquer que l’intervenant accompagne aux sorties. Parfois les personnes sont contentes que quelqu’un vienne passer du temps avec elle. Parfois, nous avons également des refus d’aide souvent dus à de l’incompréhension qui se travaille. L’important est d’entendre et de comprendre pourquoi. Au final, nous recherchons le consentement et création d’un lien de confiance entre le bénéficiaire et l’intervenant.

Faites-vous toujours appel aux mêmes intervenants ? Quels sont leurs profils ?

Nous essayons au maximum de faire intervenir les mêmes personnes pour que le bénéficiaire et l’intervenant apprennent à se connaître, à comprendre leurs fonctionnements. Il y a un peu de turnovers, car nous travaillons beaucoup avec des étudiants. Comme nous le savons, nous préparons ces changements et les anticipons afin de ne pas repartir de zéro. D’autres parts, cela fait également partie de la stimulation à la flexibilité mentale et au maintien du lien social que de rencontrer des nouvelles personnes.

D’autre part, nous travaillons avec des étudiants par choix, car nous proposons des temps partiels et limitons la précarisation avec. Mais, également travailler le lien intergénérationnel qui est une dynamique très intéressante. Ces étudiants sont inscrits en psychologie, sciences cognitives, sociales ou encore dans la santé. Ce sont des jeunes dynamiques, motivés aux qualités humaines fortes : empathie, écoute, patience. Ce qui compte c’est le profil de la personne et ces qualités humaines.

Vous êtes à l’origine de l’entreprise : quel est votre parcours et pourquoi avoir créé Agestime ?

J’ai validé une licence de psychologie à l’Université Paris 8. La finalité étant d’acquérir des connaissances en psycho gérontologie, puis je me suis inscrite en master 1 à Lyon. Cette année-là, j’ai réalisé mon stage dans un EHPAD ce fut le déclic. Au cours de cette expérience, je me suis attachée à des personnes avec des troubles neurodégénératifs importants. J’ai pris le temps et je suis entrée en communication avec elles. Peu importe le statut de psychologue, je voulais aider, prendre la main, écouter, comprendre. J’ai mis un terme à mes études et j’ai créé mon activité en 2015.

Mon constat est que l’on attend des aides à domicile des compétences multiples (ménage, toilette, transferts, etc.) et que les métiers sont peu valorisés. Avec les familles, nous observons qu’il est difficile pour une seule personne de répondre à toutes leurs attentes dont les activités de stimulation et de bien-être. Au final, tout est fait très rapidement et pas totalement, sans que personne ne soit satisfait.

C’est un métier nouveau que nous proposons. Sur le plan théorique, les partenaires étaient partants mais il fallait attendre l’agrément. Une fois que nous avons eu les premiers retours positifs, cela a permis de développer à mon rythme l’entreprise. Actuellement, l’équipe est composée de 5 intervenants. Ce rythme me convient parfaitement, ça m’a laissé le temps de me former à la gestion d’entreprise, de développer des outils pour améliorer la qualité de nos interventions.

Un dernier message à faire passer ? 

Nous militons pour essayer de changer les mentalités, car les stéréotypes sont nombreux sur les PA. Les intervenants que je forme prennent conscience et à présent ils sont choqués des comportements comme lorsque l’on fait des courses qu’on ne parle qu’avec l’intervenant.

De plus, chaque personne à son histoire différente de celle du voisin. Nous, nous faisons en sorte de prendre en compte le vécu de chacun son histoire de vie, ses goûts et ses valeurs.

Propos recueillis par Claire Guichou

Pour plus d’information sur la structure Agestime :  http://www.agestime.com

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