[Interview] Dr Gendry Pascal Président de la FFMPS

Après avoir travaillé à la création de maison et de pôle de santé pluridisciplinaire , il y a déjà 5 ans. J’avais le sentiment que le sanitaire, le médico-social et le champ de la prévention étaient  éloignés dans leurs pratiques. C’est à ce sujet que j’ai souhaité échanger avec la Fédération Française des Maisons et Pôle de Santé (FFMPS). C’est avec beaucoup de sincérité que le Dr Pascal GENDRY répondis à mes questions.

Dr Gendry, pouvez-vous présenter la Fédération Française des Maisons et Pôles de Santé (FFMPS) ?

La Fédération Française des Maisons Pluri Professionnel de Santé (FFMPS)[1] est une association loi 1901 composé de 2 niveaux: des fédérations régionales et une fédération nationale.

Pour rappel, une Maison de Santé Pluriprofessionnels (MSP) “type” regroupe entre 15 et 20 professionnels médicaux et paramédicaux soit 5 médecins et une dizaine de paramédicaux. Ils ne partagent pas systématiquement des locaux, c’est souvent le cas par exemple, pour les pharmaciens. Mais, ensemble, ils élaborent un projet de santé commun, une volonté de travailler, de partager des outils, des protocoles, des procédures, des systèmes d’informations. Les professionnels souhaitent développer des actions de prise en charge des patients et de la population en général.

La fédération au niveau régional accompagne les équipes de la phase projet initiale et les aide à monter en charge, à mettre en place des actions concrètes (écriture de protocole, développement d’un système d’information etc). . Elle a également un rôle de représentation des professionnels au niveau des institutions comme les ARS, les départements etc. Une grande partie des MSP adhèrent à une fédération régionale de la FFMPS.

Au niveau national, la fédération représente toutes les Maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) adhérentes (¾ des MSP adhèrent à la fédération). Elle intervient également autour de la qualité des parcours, de la prévention et porte aussi des actions tel que des programmes d’éducation à la santé, l’arrêt du tabac.

Aujourd’hui les MSP se multiplient, pourquoi cet engouement ?

La multiplication des MSP est plurifactorielle et c’est un phénomène inéluctable. Et, ce n’est pas seulement un processus en lien avec les problématiques d’accès aux soins et de démographie des professionnels de santé. C’est une réponse à un besoin croissant des professionnels de prendre en charge certaines pathologies chroniques ou certains types de population en équipe, ne serait-ce que pour la continuité des soins. Par exemple, pour prendre en charge un patient diabétique, nous avons besoin des compétences du médecin, de l’infirmier, du pharmacien, du podologue, d’un diététicien, d’un psychologue. L’approche en équipe permet d’avoir une réponse coordonnée, organisée et intéressante pour la population. Sur des thématiques complexes comme le vieillissement et maintenir la personne âgée à son domicile, ce n’est pas le médecin seul qui va y arriver.

Autre point important, c’est une recherche des jeunes professionnels qui veulent des dynamiques d’équipes, ils ont une appétence pour le travail en équipe car ils ont été formés à l’hôpital. Ils ne souhaitent pas s’installer seul mais veulent apporter leurs compétences au collectif. Aussi, nous sensibilisons et accompagnons les professionnels en ce sens. Car la pratique en MSP demande des changements en terme de posture professionnelle.

Enfin, côté usagers, la prise en charge dans une maison de santé signifie le partage des informations. De cette manière, les patients ont un sentiment de sécurité plus élevé grâce à l’équipe. Cela a été démontré dans l’expérimentation PAERPA[2]. C’est dans les MSP que le nombre de projets personnalisés de santé est le plus important. Cela montre clairement, la volonté des MSP de travailler sur la cohérence de la coordination des soins et de la prise en charge sociale des personnes âgées et des services de maintien à domicile.

Quelles sont vos recommandations pour aider à la création d’une maison de santé ? 

A mon sens, le point de départ, c’est le projet de santé. Il est très important qu’il soit porté par un collectif. Il faut une vraie volonté partenariale, c’est-à-dire un projet de co-construction sans hégémonie entre les professionnels. Autrement dit, si un directeur de l’hôpital de proximité ou de l’EHPAD souhaite contribuer à la création d’une MSP, il n’en devient pas automatiquement le directeur. Le lien entre l’équipe de la MSP et le directeur de l’EHPAD doit se faire à travers des réflexions de projets.

D’autre part, la MSP implique une mutualisation des compétences et un projet partagé. Tout commence par le collectif qui doit porter des valeurs communes et des projets communs, c’est comme cela qu’une maison de santé a le plus de chances de fonctionner. C’est d’autant plus vrai que le travail d’équipe implique des changements de pratiques. Bien qu’aujourd’hui, les systèmes d’accompagnements (fédérations régionales, CPAM, ARS) soit mieux outillés pour accompagner les professionnels dans cette aventure.

Aussi, nous sommes attachés à encourager et soutenir les pratiques innovantes, pluriprofessionnelles et/ou interprofessionnelles, par exemple, la télémédecine, la démarches de protocolisation ou encore le partage de compétences. Nous accompagnons également les équipes qui se lancent dans des nouvelles modalités de rémunérations et dans les protocoles de l’article 51.

Enfin, notre méthodologie est pragmatique, liée à la volonté d’entretenir et de développer une démarche qualité. Dans l’ordre nous constatons une/des difficultés, élaborons un diagnostic, évaluons, trouvons des solutions et recherchons à améliorer la situation. Cette méthode est très médicale et les professionnels de santé y adhèrent. On se fixe des indicateurs, on constate s’ils ont permis de faire bouger les lignes, puis on réévalue. C’est simple, très cartésien et productif. Si je résume : un problème, un diagnostic, des actions thérapeutiques et on regarde si ça fonctionne ou pas.

Quelles actions de prévention sont menées en MSP en direction des aînés ?

Les actions de prévention en MSP sont à l’initiative des équipes. Par exemple, dans le Gard, une pharmacienne et un kinésithérapeute d’une maison de santé ont mené une action de prévention des chutes dans une salle omnisport. Si on schématise, l’équipe de la MSP identifie le besoin puis met en place l’action. Mais, c’est bien l’équipe qui collectivement s’empare de la question.

Un dernier message à faire passer ?

Oui, je souhaite revenir sur les coopérations entre établissements de santé et et médico-sociaux. Nous constatons que de plus en plus de MSP sont adossées aux structures médico-sociales, que ce soit par des actions voir des projets immobiliers. La coopération sur du bâti peut faire partie intégrante d’un projet de santé partagé sur un territoire. Mais le coeur d’une maison de santé, c’est la mise en lien de compétences de professionnels de santé médicaux, paramédicaux et, si possible, avec des  professionnels du social

Par exemple, j’exerce dans une MSP qui est adossé à un hôpital de proximité avec deux sites. Nous avons des lits de médecine et des activités de Soins de Suite et de Réadaptation (SSR) et un Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendante – EHPAD. Aussi n’importe quel professionnel de santé libéral peut intervenir dans les établissements. Donc il y a une proximité très forte puisqu’il suffit de pousser une porte et vous êtes dans l’EHPAD ou à l’hôpital.

Propos recueillis par Claire Guichou.

Pour plus d’information sur la Fédération Française des Maisons et Pôles de Santé : https://www.ffmps.fr/

 

[1] https://www.ffmps.fr/

[2] https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/2.fiche_d_evaluation-2.pdf

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *