[Interview] Prévost Marie Fondatrice de la Fabrique à Neurones

Toujours à la recherche de nouvelles approches innovantes, j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec Marie Prévost, fondatrice et présidente de La Fabrique à Neurones. Grâce à sa bonne humeur et sa pédagogie, elle nous éclaire sur l’univers des neurosciences[1].

Marie Prévost, pouvez-vous nous présenter La Fabrique à Neurones ?

La Fabrique à Neurones[2] est une entreprise qui propose de démocratiser les neurosciences, de les mettre à disposition du plus grand nombre. Le but est que chacun comprenne mieux son cerveau et en fasse une meilleure utilisation. Nous nous intéressons aux neurosciences cognitives, c’est-à-dire à l’étude du système nerveux en relation avec nos capacités intellectuelles. Autrement dit, comment nous mobilisons notre mémoire, concentration, capacité de raisonnement, attention, interactions sociales et nos émotions pour mieux vivre.

Au quotidien, nous formons des animateurs cognitifs sur le territoire francophone (on privilégie la région Auvergne Rhône-Alpes mais nous allons de Bordeaux à Montréal). Ce sont des professionnels (infirmiers, psychologues, animateurs séniors, etc.) à qui nous transmettons notre méthode, nos contenus pour qu’ils puissent animer des ateliers dans le pôle prévention d’un CCAS, d’une association, d’un établissement pour personnes âgées etc.

 

 

Quels sont les constats vous ayant conduits à créer cette entreprise ?

Premièrement, j’ai eu envie de « vulgariser » mes connaissances. En effet, dans le monde académique, nous avons un vocabulaire spécifique et notre travail n’est pas forcément compris par le grand public. Deuxièmement, je me suis rendue compte que certains  retraités étaient à la recherche d’activité pour  rester intellectuellement en bonne santé. Mais, peu de réponse étaient apportés, faire du sport, bien manger ne suffit pas toujours. Certains se voyaient proposer des ateliers mémoire de faible qualité. J’en ai déduit qu’il n’y avait pas de standard d’atelier mémoire.  C’est ainsi que j’ai eu l’idée de créer un standard qui dépasserait la mémoire et s’intéresserait à d’autres fonctions intellectuelles.

Je suis titulaire d’un Doctorat en Neurosciences, j’ai ensuite fait cinq années de recherche dans des laboratoires à Montréal et à Grenoble et cette réflexion a commencé en 2016. Puis, nous avons expérimenté  les ateliers en 2017. Les retours étaient très encourageant,  80% des participants étaient satisfaits des ateliers : ils venaient pour stimuler leur cerveau et les activités de groupe.

En 2018, nous avons démarré les formations auprès des animateurs cognitifs.

En quoi le programme de la Fabrique à Neurones ne ressemble à aucun autre ?

A mon sens, c’est une méthode innovante et nous voudrions obtenir une reconnaissance scientifique. Cette année, nous signons une convention avec l’Université de Grenoble pour évaluer le protocole et les bénéfices des ateliers sur les fonctions cognitives. Nous travaillons avec la chercheuse Sophie Portrat, et actuellement, quelques étudiants demandent à rejoindre cette expérimentation.

C’est important pour moi étant donné que je viens de la recherche et c’est clairement un des objectifs de la Fabrique à Neurones. Toutes nos actions sont soumises aux regards des scientifiques et  je ne prends pas de décisions sur les résultats. Cela permet de garantir leurs transparences, et ce sont les scientifiques qui décident de leurs publications ou non.

D’autre part, nous sommes soutenus par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, ce qui donne un premier niveau de crédibilité.

Pour finir, le point clé de notre méthode est la bienveillance et la métacognition. Premièrement, nous faisons de ces ateliers un endroit d’expression, d’expérimentation et de non-jugement (c’est essentiel dans l’apprentissage pour une meilleure compréhension de soi-même). Deuxièmement, nous apprenons aux participants le fonctionnement et les limites de leurs cerveaux. Et tout cela passe par le jeu, et le transfert de connaissances. Aujourd’hui, cette méthode au sein d’ateliers mémoires cognitifs n’existe pas ailleurs !

Combien de fabricants pour tous ces neurones et comment êtes vous organisés  ?

Nous sommes deux, au sein de l’entreprise, Clémence Joubert[3] et moi même. Clémence est responsable du pôle prévention et clinique, de la recherche et du développement. Titulaire d’un Doctorat en neuropsychologie, elle a une approche plus clinique et de soin, ce qui permet de comprendre ce qui fonctionne ou non. Nous prévoyons un recrutement d’ici 2020 avec un profil similaire au nôtre pour s’occuper du volet entreprise.

Puis, il y a l’équipe des animateurs cognitifs, même si on ne peut pas les compter en tant que salariés étant donné qu’ils ont leurs métiers et leurs structures. Nous leur proposons d’adhérer à notre réseau, de participer, d’être rémunérés et de faire partie de notre communauté pour grandir ensemble. Nous organisons des séminaires et de l’accompagnement continu afin qu’ils soient formés régulièrement. C’est un réseau vraiment soudé.

Concernant l’organisation, nous avons 4 pôles :

  • Le pôle prévention pour prévenir des pertes cognitives naturelles des personnes âgées en bonne santé,
  • Le pôle clinique pour les personnes avec une démence, début de démence ou maladie neurodégénérative,
  • Le pôle entreprise dans lequel nous avons développé des thématiques sur la qualité de vie au travail, sur la performance au travail, par exemple.
  • Le pôle éducation, qui est tout nouveau. Nous travaillons avec une école maternelle privée à Nice, le Kids Club, où nous mettons en place des ateliers sous forme de jeux. Nous sensibilisons les plus petits au fait que l’effort est positif, qu’il faut demander de l’aide en cas de difficulté. On remarque que les notes des élèves en échec scolaire remontent à la fin de l’année grâce à cette méthode éducative. Nous sommes en recherche de partenaires afin de la soumettre à l’évaluation scientifique.

Pourriez-vous nous faire une recommandation à mettre en place dans notre quotidien ?

Il y a peu, j’ai partagé un article[4] qui montre que faire plusieurs choses en même temps nuit à la productivité et nous fait perdre du temps. Se concentrer sur une seule tâche à la fois réduit le taux d’erreur, car on déploie tout notre effort cognitif sur cette unique  tâche. Par exemple, pour écrire un email, concentrez-vous sur cet email, relisez-le, envoyez-le et passez à autre chose. Cela réduit le risque d’erreur et de temps passé sur cette tâche. Il faut établir des To do List, et réaliser ses objectifs un par un.

C’est l’heure de la carte blanche, un dernier message à faire passer ?

Oui, j’insiste sur le fait que nous sommes modulables. Notre cerveau et notre corps sont modulables, il ne faut pas hésiter à utiliser cette spécificité.

Bien connaître notre cerveau est fondamental, car mieux on connait un mécanisme, mieux on saura l’utiliser. En cas de problème, on cherche des stratégies pour le réparer, le contourner ou l’utiliser différemment. Cela vaut pour les fonctions cognitives comme la concentration ou encore la mémoire, mais aussi pour les émotions.

Je pense que l’essentiel que la recherche peut faire, c’est d’aider les gens à mieux se comprendre. Et j’aimerais vraiment montrer aux gens que cela vaut le coup en terme de bien-être et de performance au quotidien de mieux se comprendre.

Propos recueillis par Claire Guichou.

Pour plus d’information sur La Fabrique à Neurones : https://www.lafabriqueaneurones.com/

[1] Ensemble des disciplines scientifiques qui étudient le système nerveux et la cognition

[2] https://www.lafabriqueaneurones.com/

[3] https://www.linkedin.com/in/cl%C3%A9mence-joubert-85141b123/

[4]https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/pour-les-cellules-souches-du-cerveau-l-age-depend-de-la-rigidite-autour_136525

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