Emmanuelle Rivoire, Consultante sociale en gérontologie

Depuis plusieurs années, Emmanuelle travaille dans le champs de l’action sociale, avec bonne humeur, beaucoup de dynamisme et une volonté d’agir, nous avons longuement partagé et elle m’a fait le plaisir de répondre à mes questions.

Emmanuelle Rivoire, pourriez-vous décrire votre activité professionnelle ?

Après 20 ans de salariat comme assistante sociale, j’interviens désormais en tant que Consultante sociale en gérontologie, auprès des particuliers et des professionnels. J’aide à résoudre les problématiques médico-sociales, liées à l’avancée en âge.

Par exemple, pour les particuliers, je réalise des consultations sociales. Les rendez-vous se prennent directement en ligne ou au cours d’un échange téléphonique. Les personnes choisissent entre la formule : « Conseil et orientation » ou la formule d’« Accompagnement ». Concrètement, nous élaborons ensemble un plan d’aide et d’actions, je mets en place des actions administratives comme la réalisation des dossiers APA ou EHPAD  mais également la coordination avec les partenaires médico-sociaux.  De cette manière, les familles peuvent mettre de côté les soucis et se recentrer sur leurs proches.

J’interviens également auprès des professionnels pour lesquels je co-construis mes interventions selon les constats et besoins de mes interlocuteurs. Par exemple, à la Maison de Santé Pluridisciplinaire d’Izeaux,  les médecins ont fait appel à mes services pour faire de la coordination médico-sociale pour leurs patients. J’assure donc les liens entre patients et professionnels afin de fluidifier le parcours des patients, d’initier les aides et de permettre à chacun de se recentrer.

Par ailleurs, j’anime également des groupes de paroles à destination des salariés ou encore de retraités. Avec la MGEN, , nous avons créé un café Entre Aidants Digital, pour cela nous avons adapté les horaires (de préférence le samedi matin pour permettre aux salariés aidants d’être présents) et lever la contrainte géographique.

Quels sont les constats qui vous ont conduits à créer cette activité ? 

Les aidants de proches fragilisés par les conséquences de pathologie ou handicap ont besoin de comprendre le système médico-social. Ils le décrivent souvent comme un « parcours du combattant », tant au niveau administratif qu’au niveau des interlocuteurs à identifier.

J’ai souhaité proposer un accompagnement 360° : social, économique, juridique, médical-social aux aidants et aux personnes âgées !

Souvent, les aidants se sentent seuls en manque de compréhension et de soutien. De plus, la majorité est en activité professionnelle (6 aidants sur 10). Prendre du temps pour rencontrer le service social du secteur de leur proche complexifie leur quotidien et impacte leur qualité de vie au travail. C’est pour répondre à ce besoin que je propose des consultations sociales par téléphone. Elles permettent de s’adapter à la disponibilité des aidants en leur apportant un soutien moral et la traduction du système médico-social. J’assure des permanences de 10h à 19h et également les samedi matin. Les retours des aidants sont qu’ils apprécient ma réactivité, la qualité de mon écoute et les réponses adaptées à leurs besoins.

Selon vous, quels sont les enjeux concernant les aidants aujourd’hui ?

Selon moi, les enjeux sont de proposer aux aidants, des temps d’écoute, de partage, de formation, et de prévention pour cerner les besoins et les capacités de chacun sans oublier l’autonomie des aidés.

Concernant le statut d’aidant, il y a eu de grandes avancées mais, les études démontrent que les aidants ne se reconnaissent pas comme tels, ils accompagnent leurs proches et cela leur paraît « normal ». C’est pourquoi, la première étape est la valorisation et la prise de conscience pour la personne « aidante » de son statut (voir les échanges avec le président de la fondation France Répit).

D’autre part, on observe que les aidants ont une capacité d’organisation (une jongle vie pro/vie perso) et une grande empathie. Mais l’énergie nécessaire manque petit à petit pour leurs proches et beaucoup pour eux-mêmes. Aussi, il faut accompagner les aidants à ce qu’ils prennent soin de leur santé, pour qu’ils continuent à prendre soin de leur proche. C’est bien de prévention dont il est question, qu’elle soit portée par des entreprises, des mutuelles ou des collectivités qui vont sensibiliser leurs salariés.

Pour finir, je pense qu’il faut questionner la notion d’’autonomie. Dans ma pratique, j’adopte celle définie par Bernard Ennuyer, l’autonomie est le pouvoir de décision. Dans l’accompagnement cela se traduit auprès de l’aidant à penser les besoins de l’aidé, pour répondre à son pouvoir de décision.

Pourriez-vous nous présenter un dispositif/une action en direction des aidants qui selon vous est trop peu connu et mériterait plus de visibilité ?

La valeur du groupe de parole me semble à promouvoir. Peut-être faudrait-il renommer les « groupes de parole », car les aidants ne sont pas là pour papoter, de tout et de rien, mais bien pour échanger sur leurs problématiques et s’enrichir mutuellement dans un cadre sécurisant.

L’interaction entre pairs, favorisé par un.e intervenant.e, permet une construction de ses propres solutions, si minimes soient-elles : le fameux « premier petit pas ».

De plus, si on laisse les participants choisir leurs thématiques, cela permet de réponse à leurs préoccupations et de construire des séances théoriques et concrètes. Là aussi, il est nécessaire de partir des besoins des personnes, pour répondre au mieux à leurs attentes.

Par exemple nous avons abordé, il y a peu de temps, le « deuil blanc ». On parle de deuil blanc, quand une personne est atteinte de troubles cognitifs et que sa personnalité change, son comportement n’est plus le même. La relation entre l’aidant et l’aidé est donc impactée. Le proche aidant doit faire le deuil de la personne aimée, et trouver des ressources pour créer une autre relation à son proche. Aborder cette notion avec les participants leur a permis de constater que certaines de leurs réactions (agacement, fatigue, tristesse…) face au changement de leur proche étaient « normales ».

C’est l’heure de la carte blanche, un dernier message à faire passer ?

Dans cette période de crise, la porosité entre vie professionnelle et personnelle est fine, d’autant plus pour des aidants salariés qui œuvrent au quotidien auprès de leurs proches fragilisés. Aussi, la mise en œuvre récente du remboursement de consultations psychologique par les mutuelles est un acte fort de prévention en santé mentale. Ce pourrait être le cas pour des consultations sociales, car les assistantes sociales diplômées sont reconnues par l’ Agence Régionale de Santé comme professionnelles de santé, comme les psychologues …

Pour suivre et retrouver les activités d’Emmanuelle Rivoire : 

https://emmanuellerivoire.fr 

https://www.linkedin.com/in/emmanuelle-rivoire-402444107/

 

Propos recueillis par Claire Guichou.

Vous souhaitez poursuivre la discussion avec nous ? 

Alors ne manquez pas le webinaire sur la pair-aidance qui aura lieu le mardi 1er juin 2021 de 11h à 12h. 

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